Eveil Nomade

Et c’est parti pour la montagne !

Nous quittons Neiva direction Tierradentro. La première étape jusqu’à rejoindre la route N° 24 où nous quittons la panaméricaine est exécrable : un trafic intense qui ne nous laisse pas le loisir de flâner,et à chaque pose les rizières nous rappellent qu’elles sont un havre pour de nombreux insectes piqueurs…

Puis nous commençons à gagner de la hauteur. Nous passons par par un beau belvédère qui surplombe la rivière Magdalena. Le ciel se charge, nous trouvons un bivouac dans un site industriel abandonné. Un bon orage nocturne mouille pas mal de matos : depuis que nous avons changé la fermeture éclair de la tente, les grosses pluies rentrent par là. Sous le tapis de sol, l’eau fait une belle poche à eau qui s’infiltre aussi peu à peu…Bref tout est trempé ! Heureusement nous trouverons un bon coin à midi où faire sécher nos affaires. Mais pas question d’y bivouaquer : plusieurs camionneurs, inquiets de nous voir là s’arrêtent pour nous expliquer que c’est très dangereux par ici, il y a énormément de « cascabel » : des serpents à sonnette !

Les journées sont bien chaudes, heureusement pas mal de gens intrigués et admiratifs nous offrent des sachets d’eau fraîche bienvenus ! Nous rejoignons le très joli village de Paicol pour une nuit. On y déguste de très bons repas et de délicieuses glaces !

De là, jusqu’à Tierradentro ça se corse : le relief est plus marqué et gagne en grandeur ce qui se traduit pour nous par plus de dénivelée…et le revêtement disparaît, laissant la place à de la piste. A midi, nous trouvons un petit coin en bord de route face à une tyrolienne. On s’imagine qu’elle doit servir à transporter le matériel de l’autre côté…Et là, on voit un gamin d’une dizaine d’années débarquer sur une mauvaise poulie,emberlificoté dans un harnais de vielle corde ! Il apporte à son frère le même attirail pour repasser de l’autre côté…

Nous avons bien du mal à trouver un bivouac entre le ravin et la montagne, nous dormons tout au bord de la route et il faudra s’y faire car à partir de là nous ne trouverons plus aucun bivouac confortable…Le lendemain il pleut. Vu notre bivouac, il n’est pas question de rester ici, c’est l’occasion d’essayer nos ponchos en ciré. La piste est devenue franchement mauvaise, et avec la pluie nous avançons lentement.

Parc arquéologique de Tierradentro

Nous arrivons enfin à Tierradentro et nous trouvons à planter la tente derrière un hostal. On attend le lendemain pour faire la visite du site (le temps de sécher notre barda). Les différents sites sont éparpillés dans les montagnes environnantes et une belle rando permet de les rejoindre.

 

 

Cela nous porte à des points de vue impressionnants sur les collines alentour, certaines gardent encore des portions de forêt avec fougères arborescentes et quelques flamboyants qui tranchent au milieu du vert. Les gens ont bâti de petites maisons sur ces pentes où ils cultivent des caféiers : sur de telles pentes, le travail doit être éreintant ! Quelque zones aux taches plus claires signalent l’exploitation de bambous de grosse taille utilisés pour la construction de maison, de serres de séchage et de ponts. Les premiers sites auxquels nous accédons sont en haut d’une crête. Ce sont les plus anciens et ils ne sont pas décorés. De grandes marches, hautes d’une 50 taine de centimètres, s’enfoncent rapidement sous terre et permettent d’accéder à une chambre funéraire, le tout creusé dans une roche volcanique. Il y en a une quinzaine sur cette crête et les gamins, surexcités de jouer les explorateurs, courent de l’une à l’autre sans se fatiguer ! Nous redescendons manger au village de San Andres où une vieille église au toit de chaume a été très joliment restaurée. Puis nous poursuivons la ballade sur l’autre versant de la vallée. Ici, certains des «  hipogeo », chambres funéraires souterraines, sont décorées de sculptures en forme de masque sur les piliers, certaines salles conservent des peintures aux murs et au plafond. Les escaliers creusés en spirales sont impressionnants.Nous voyons même quelques statues, plus communes sur le site de San Agustin (que d’autres voyageurs qui en viennent nous déconseillent par rapport à Tierradentro). Ces rites funéraires dateraient de 600 à 900 ans après J.C. Le circuit se finit par la visite du musée, où le gardien très aimable, nous donne quelques explications. On y trouve les poteries qui servaient d’urnes funéraires retrouvées dans les différents sites. Une partie du bâtiment est consacrée à un musée ethnographique, petit mais qui renferme beaucoup de maquettes, de photos et d’informations très bien présentées.

La journée se finit en partageant un verre de jus de fruit (délicieux) avec des baroudeurs français (mais pourquoi y a t’il autant de français par ici?!!!) qui nous donnent des billes sur la suite…

Au final, nous avons adoré cette rando et la découverte de ce site, une très chouette journée !

Le col…

Nous repartons direction Popayan, au programme : 2000 mètres de dénivelée avec des pentes à 7 % en moyenne ! La piste alterne avec quelques portions de béton et la fin du col est entièrement bétonnée, ce qui nous permet de gagner en rendement…Mais avec ces pentes nous avançons seulement d’une vingtaine de kilomètres par jour… !! Pour les bivouacs c’est toujours la même musique, tout ce qui est exploitable est exploité et clôturé, et les côtés de la route accusent des pentes interdisant tout espoir. Nous trouvons à nous poser sur quelques élargissements.

Nous apprenons que la route a une portion en travaux qui est fermée à la circulation entre 7 et 10 puis entre 13 h et 16h30, cela limite le trafic ce qui nous arrange bien. Mais pas moyen de savoir où sont ces travaux. Un premier gars nous indique que c’est à 8 km, un autre à 12 km, on se dit qu’en forçant un peu nous pourrons passer pendant la pause de midi mais 13h passe et rien en vue. Lorsque nous arrivons enfin à ces fameux travaux (après 20 km) il nous faudra attendre 2h avant de passer… La pluie se met à tomber, Lilou s’abrite dans la voiture chauffée d’un couple de Belges qui attendent aussi, Tiago préfère rester dans la cabane-poncho qu’il s’est faite. Quand enfin nous pouvons passer, c’est un véritable bourbier qu’il faut traverser. Nous mettons 1 heure à galérer pour ces 4 km, inquiets de trouver un bivouac avec la nuit qui tombe à 18h30 par ici ! A la sortie nous devons nettoyer mon dérailleur à la brosse à dent pour ne pas tout casser (leçon apprise aux Philippines…). On se pose finalement dernière une glissière de sécurité à la nuit tombante, bien crevés après plus de 1000 m de dénivelée et cette bouillasse !

La suite du col n’est pas trop violente ,nous passons par une zone recouverte de la végétation typique du paramo, de gros panneaux nous informent de la faune propre à la région mais nous ne verrons rien des ours, tapirs ou pumas. Toutes les personnes avec qui nous parlons nous disent qu’il ne nous reste que de la descente jusqu’à Popayan, mais comme d’habitude notre point de vue sur le « que » est beaucoup plus mitigé : nous grimperons encore plus de 600 mètres jusqu’à Totoro ! Après le col, le paysage a bien changé, on se croirait dans une campagne française !

Après le village, l’orage menace et il ne nous reste pas grand-chose pour demain : on ne veut pas se faire tremper et nous plantons le tipi sur un talus au bord de la route. Dans la soirée une délégation d’indigènes avec le bâton de pour-parler, vient voir quels hurluberlus campent là, une fois les explications données, ils nous souhaitent bonne nuit et nous garantissent que nous ne craignons rien !

Arrivée à Popayan :

La descente sur Popayan est encore ponctuée de quelques petites bosses mais rien de méchant. Lorsque nous retrouvons la route qui arrive de Cali, le trafic reprend tous ses droits et on finit en serrant les fesses jusqu’àtrouver une chambre dans une petite hostal avec cuisine. On est drôlement bien ici et on s’offre une pause bien méritée de quelques jours d’autant que la suite ne sera pas plus reposante…

De Neiva à Popayan nous avons grimpé 5143 mètres en 273 km, il en reste autant jusqu’à Ipialès la frontière avec l’équateur !

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