Eveil Nomade

De la Colombie à l’Equateur : toujours des montagnes (2eme partie)

Arrivée en Equateur : et si on quittait un peu la panam ?

Nous nous posons une nuit à Tulcan. Dans l’incertitude du passage de la frontière, nous n’avions pas acheté de fruits et légumes en Colombie, du coup nous devons refaire le niveau ici. Trouver un hébergement à un prix correct nous occupe un peu : le passage au dollar US nous fait mal : à priori ici ce n’est pas donné, on nous avait vanté l’honnêteté des équatoriens en matière de prix mais visiblement un commerçant reste un commerçant et quand il voit un touriste ben il fait son travail… Si on ne fait pas gaffe le kg de patates passe de 25ct à 1 dollar !

Une mauvaise surprise à la pompe : au motif d’une grève de l’autre coté de la frontière, ils refusent de vendre de l’essence dans ma bouteille, c’est sûr je vais prendre mon vélo pour aller faire de la contre bande en Colombie… On espère tenir avec ce qui nous reste.

Vers le parc national d’el Angel :

Au matin nous partons sous un ciel mitigé, mais il se dégage rapidement pour nous offrir une belle journée. Nous suivons les conseils de Yoann et Nami (une famille avec qui nous avions partagé un moment au Mexique, ils sont juste devant nous…!) ; cet itinéraire a l’avantage d’éviter la panaméricaine et de passer par le paramo, un niveau d’altitude avec un biotope spécifique que nous n’avions qu’aperçu en Colombie. Par contre le prix à payer c’est l’échange du goudron contre de la piste, heureusement elle n’est pas trop mauvaise dans sa grande majorité et les pentes sont raisonnables. Nous montons donc dans un paysage très rural et cultivé, maïs et pâturages, ensuite la nature reprend le dessus et enfin nous voyons apparaître la végétation propre au paramo : les frailejones deviennent omniprésents, ainsi qu’une variété d’agaves aux grands hampes florales. ça nous fait un bien fou de retrouver de grands espaces sauvages, les derniers étaient en Basse Californie ! Nous n’avançons pas très vite et profitons de la majesté de ces paysages ; en milieu d’après midi nous avons bien gagné de l’altitude mais les enfants sont fatigués, il est temps de se trouver un coin de bivouac, ce n’est pas si évident ici, la végétation ne s’y prête pas mais nous trouvons quand même un coin plat tout contre la piste, de toute façon aucune voiture ne passe par ici ! Nous retrouvons avec grand plaisir la possibilité de faire du camping sauvage, cette liberté n’a pas de prix pour nous !

La lendemain, le temps n’est pas aussi beau mais il tient jusqu’en fin de matinée. Nous devons sortir les ponchos de pluie avant d’atteindre le col marqué par la maison des gardes du parc national d’el Angel. Le gardien est seul, il nous ouvre une pièce où nous pouvons manger à l’abri, plus qu’appréciable au dessus de 3700 mètres avec ce temps (en plus ça caille sévère) ! Nous ne monterons pas à la lagune sous la pluie, la motive n’y est pas et de toute manière c’est tout bouché.

Pour la descente, nous enfilons pantalons de pluie et ponchos, on serre les dents et c’est parti. Nous devons choisir notre voie sur une mauvaise piste, rapidement les freins manquent d’efficacité : l’eau et la boue rendent les jantes glissantes et les patins en bout de course se bouffent vite…Nous freinons comme nous pouvons avec les pieds, mais quand la pente s’accentue ça devient sérieusement dangereux. Lilou finit les descentes à pied et l’après midi s’étire en longueur. La pluie ne nous laisse pas tranquille, petit à petit nous finissons bien mouillés. Lorsque nous retrouvons le goudron il est grand temps de trouver un endroit où dormir (pas le goût de planter la tente déjà mouillée) mais, là encore le quasi monopole hôtelier qui règne à San Angel fixe un prix exorbitant pour une minuscule chambre avec deux petits lits : 24$ après une bonne négociation ! Tant pis nous sommes crevés après cette énorme descente !!!?

1500 mètres de descente pour rejoindre la panam !

Nous repartons après un arrêt à la gasolinera, avec ma bouteille de soda qui n’est pas « conforme », par chance le gars est moins bouché que celui de Tulcan et après quelques explications nous repartons finalement avec de quoi cuisiner. Après le premier virage on stop dans un pré au soleil pour tout faire sécher, filtrer de l’eau et changer les patins de freins qui sont morts.

La piste a maltraité le matos : le porte bagage de Tiago se pose sur le pneu, ses deux vis de fixation cassées et l’une est restée dans le filetage. C’est de l’alu, pour la soudure on repassera : je bricole avec le deuxième œillet. Ce système d’œillet fileté est vraiment une calamité pour faire de la piste, j’espère pouvoir percer le tout à Otavalo et régler définitivement le problème avec un ensemble boulon / écrou.

En descendant nous trouvons un paysage plus sec avec pas mal de cactus, on mange même quelques figues d’indes dont une variété à la chair rouge sang que je ne connaissais pas, moins bonne que les traditionnelles . Nous nous posons à côté de la panam juste avant la pluie.

Mais nous quittons la panam tres vite :

Il nous reste deux jours pour rallier Otavalo avec encore pas mal de dénivelée, mais une erreur d’itinéraire à Salinas nous coûte cher ; 12 km et 250 mètres de dénivelée… On retrouve la bonne route sous un chaud soleil et ça monte sur une bonne pente entre les champs de canne à sucre.

On rit jaune là…

Les rampes se font de plus en plus dures, avec des portions à plus de 10 % ! Ces maudits moucherons piqueurs profitent de notre lenteur pour attaquer, à tel point que nous sortons les moustiquaires de tête, ajoutant une couche supplémentaire à la chaleur. Les enfants s’accrochent bien mais on rasque tous, quand à quelques km de Urcuqui on plonge et perdons près de 200 mètres on serre dur les dents, c’est là que Lilou décide de continuer sans la corde au soulagement de Gaëlle, elle passe devant et donne le rythme jusque Urcuqui où la glace promise nous attend !

On trouve un bivouac dans une carrière abandonnée, les jambes en compote mais bien contents d’avoir rattrapé le coup de notre erreur d’itinéraire, une journée à 4h40 le cul sur la selle 38 km et 1190 mètres de montée avec des gros pourcentages.

Pour la dernière journée c’est moins de dénivelée mais une série de petits baisse et monte à chaque cour d’eau à franchir, sur de la route empierrée…

Arrivée à Otavalo :

La pluie nous trouve avant notre arrivée à Otavalo, on n’ a pas le goût de planter la tente sur un terrain vague sous la pluie, on trouve une pension pour cette nuit. Au matin on se lève pour aller au célèbre marché aux bestiaux : désillusion depuis trois mois, il ne se tient plus à Otavalo. On se rabat sur le marché de l’artisanat. En ce samedi les rues sont remplies d’échoppes aux marchandises variées : bibelots, souvenirs, vêtements… Mais l’intérêt vient surtout de la population : en grande majorité en habits traditionnels, et tous portent une tresse (homme ou femme). Sur la place on est attirés par une échoppe où des cochons entiers rôti retiennent notre attention : ce sera notre petit déjeuner !

Nous rentrons à l’hôtel ramasser nos affaires avec une bonne réserve de vivres pour profiter d’une longue pause dans une maison sur la colline au dessus de la ville (on a l’anniversaire de Tiago à fêter et il y a des randos dans le coin) . Il n’y a que cinq km mais c’est le pire que nous ayons rencontré : une route empierrée avec des pentes de fou, impossible de pédaler sur certaines portions, on ne peut même pas pousser seul, on s’y met à deux par vélo ! A vue de nez il y a du 15 % voir plus ! On arrive finalement et le jeu en valait la chandelle : nous sommes accueillis par Samia une championne de trail, quand on voie la gueule des pentes dans le coin ça impose le respect ! Un chaleureux sourire, un jus de mûres maison, nous sommes au milieu des volcans, on surplombe la ville et la maison est super agréable : on va être bien pour récupérer !

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