Eveil Nomade

Fauchés dans notre élan…ou l’histoire d’une fin de voyage écourté

Buenos Aires, capitale de l’Argentine :

Buenos Aires, dernière étape en Amérique du sud. Au programme musée et préparation de la suite au Maroc. Nous avons choisi de payer un taxi depuis l’aéroport pour rejoindre notre Airbnb, au final cela nous évite de déballer et remonter les vélos pour les redémonter et remballer dans cinq jours… De plus le taxi revient moins cher que de racheter le matériel d’ambages pour les vélos !

On retrouve ici du soleil et de la chaleur ! On apprécie même la clim, 30° dans la maison ça fait décidément un sacré changement par rapport à la Patagonie…

Nous nous déplaçons en bus et métro, super pratique et simple d’utilisation. Une première visite au centre culturel des sciences, très intéressant bien que pas très grand. Les enfants on pu participer pendant 1h30 à un atelier de construction (sans les parents, yesss!) sur le thème de la robotique avec l’utilisation d’un module Arduino commandé par une programmation sur Scratch. L’atelier était animé par des gens super sympas et Lilou s’est retrouvée en équipe avec une petite française expat avec qui le courant est super bien passé! Dommage que cela ne tourne que les fins de semaines.

Notre deuxième visite sera pour le musée d’Histoire Naturelle. De belles collections très variées, pas toujours suffisamment mises en valeur par l’éclairage. Tiago s’y intéresse mais Lilou traîne les pieds…

Une troisième et dernière visite pour le musée des sciences participatives ici on vous accueille avec le slogan : « interdit de ne pas toucher ». Tous les grands principes de la physique sont exposés au moyen de maquettes et d’expériences qui peuvent être manipulées, très ludique et très varié.

Nous avons une autre mission  : trouver un vélo pour Tiago, le sien part en morceaux… Sélecteur de vitesse, moyeu, boîtier de pédalier… plus rien ne va. Nous en trouvons un sur le « Mercado libre » l’équivalent du bon coin. Nous le récupérons à l’autre bout de Buenos Aires après une combinaison de métro et de bus. Bon c’est pas une mauvais affaire mais il est monté en démultiplication plutôt route on verra à l’usage. On remballe le nouveau vélo, nous sommes de nouveau prêts pour l’avion.

Le début de la fin :

Déjà, les parents de Gaëlle, qui devaient nous rejoindre au Maroc avaient choisi de n’en rien faire en raison du risque de « coronavirus ». Les boules.

Et puis 24h avant de prendre l’avion nous prenons un véritable coup de poing dans l’estomac : nous ne pourrons pas aller au Maroc, qui suspend toutes ses liaisons maritimes avec l’Espagne (nos billets de bateaux sont déjà achetés). Les billets d’avion ne sont pas annulables, ce n’est pourtant pas les trucs à faire en Argentine qui auraient manqués !!!

Nous espérons que le vol sera annulé mais pas de chance, il est maintenu. Nous laissons donc la sécurité de l’Amérique latine pour les pays contaminés d’Europe…

Nous débarquons à Barcelone dans un aéroport fantôme. Il est 5h30 mais à notre horloge biologique il est encore 1h30 du matin…Nous remontons les vélos dans l’air glacial du petit matin et partons pour le port histoire d’en avoir le cœur net (l’espoir fait vivre…). 25 km en ne suivant que des pistes cyclables. C’est tranquille mais on se tape un millier de détours et une grosse colline (l’alternative étant une autoroute…) ! Sur place tout est fermé, un papier invite les passagers à envoyer un mail pour demander le remboursement de leurs billets. Bon, et maintenant ? Les enfants sont crevés, forcément, et d’après ce que nous avons pu voir, les hôtels hors de prix… Aucun warmshower ne nous a répondu, il faut dire que c’est du dernière minute et que tout le monde ici semble obnubilé par ce coronavirus. Il y a un camping à 20 km en sortant de la ville, nous motivons les enfants pour le rejoindre, on prendra le temps de s’y reposer… Nous tentons à tout hasard de voir si un train prendrait nos vélos, et ouf, il n’y a pas de problème !

L’arc de triomphe a Barcelone…Le seul endroit touristique vu en passant !

Du coup les 20 km se font sans fatigue ! Le camping est très cher mais bon, là il faut se poser. Les gars ne sont pas très cools, si vous ne parlez pas catalan l’accueil est plutôt frisquet… Ils font mine de ne pas comprendre mon espagnol, difficile à croire après la diversité de pays hispanophones traversés où nous n’avons jamais eu de souci, mais après une réflexion bien sentie ils semblent avoir oreille plus tendre…

Nous commençons à réfléchir à la suite. Les options ne sont pas nombreuses : faire du vélo en Catalogne et revenir prendre le bateau quand la situation sera rentrée dans l’ordre, rouler pour le sud et voir là bas bof bof. Après une nuit, on révise nos plans, le repos ce sera pour une autre fois : ils menacent de mettre la catalogne en confinement (deuxième direct dans le bide) on doit se sauver au plus vite. Nous plions tout et reprenons un train pour Portbou . A quatre stations de la destination le train s’arrête, le machiniste descend et annonce que le train ne vas pas plus loin, sans plus d’explication. Nous descendons et attendons une heure le suivant qui nous conduit à Cerber de l’autre côté de la frontière. Nous pédalons jusqu’au camping pour enfin nous poser et réfléchir, mais en cette saison il est fermé donc pas de wifi, pas de sanitaires, on monte tout de même la tente pour une nuit.

Au matin on repart. Les enfants sont fatigués : sans repos, difficile de récupérer du décalage horaire. On enchaîne pour Banyuls, là on trouve enfin un camping ouvert et on se pose avant la pluie. Ben oui, en plus il pleut et pas qu’un peu… De quoi déprimer sévère ! En plus, le wifi ne marche pas… impossible de s’organiser… On abdique et achetons une carte sim pour sauver la partie et chercher ce que nous pourrions faire à vélo en France…

Mais après une nuit, troisième uppercut, cette fois c’est la France qui passe en confinement : le camping ferme et nous devons partir ! Bon, là c’est foutu, il ne nous reste plus qu’à nous enfuir… Nous avons une option de confinement dans une maison à Torreilles mais nous cherchons à nous rapprocher de Lyon : avec ce retour anticipé nous nous retrouvons en France sans assurance, ni sécurité sociale, ni voiture et nous allons devoir organiser beaucoup de choses il nous faut un internet qui marche.

Nous cherchons à prendre un TER pour Narbonne mais si l’automate nous vend les billets il n’y a déjà plus de train ! Nous passons notre temps à répondre aux enfants qu’ « on ne sait pas », où on va, quand , comment, on ne sait pas minute après minute ce qui nous attends depuis que nous avons pris ce fichu vol pour l’Europe… Ca nous reste quand même en travers de la gorge cette histoire.

Nous reprenons les vélos, décidons de rallier Perpignan et de là retenter notre chance. Nous suivons l’eurovélo 8. Le soir nous trouvons un coin de bivouac, ici faut pas être difficile, c’est super humanisé : la zone où nous campons ressemble plus à un WC qu’à autre chose, il y a des étrons et du papier de partout, y compris sur la route, nous n’avons rien vu d’aussi dégueulasse dans aucun des pays que nous avons traversés COCORICO !!!

Nous nous levons à 6h et partons sans déjeuner dans l’espoir d’attraper le premier train. C’est dur pour les enfants, on est encore à l’heure de Buenos Aires et on les fait courir jour après jour. Lilou nous le fait bien comprendre. Arrivés à temps, mais peine perdue : le train est annulé. Le suivant pour Narbonne est un TER (suivi d’un autre puis d’un TGV…), mais nous décidons après de nombreuses hésitations (les vélos non emballés sont interdits dans les TGV …!) de tenter le tout pour le tout et attendons le TGV de 13h30 pour Valence. Gaëlle est la dernière à qui on vend des billets (les lecteurs de CB des automates ne fonctionnent pas), l’agent au guichet se croit spirituel en y allant de sont petit commentaire «  il faut s’organiser »… L’état prend des mesures sans précédant avec sanction en cas de non respect mais aucune disposition particulière n’est prise pour permettre de s’y conformer. Finalement la chance nous sourit enfin, nous tombons sur un contrôleur super sympa (si si cela existe) qui nous laisse mettre nos quatre vélos non emballés dans le train, heureusement que nous étions les premiers et qu’il y a très peu de voyageurs (nous utilisons quasiment tous les racs à bagages du wagon!).

A Valence TGV nous passons encore de justesse : dernier TER pour Valence-ville et de là dernier TER pour Lyon !! Nous arrivons à 19h30, de nuit, le père de Gaëlle est là pour récupérer les enfants leurs vélos et les sacoches. Gaëlle et moi passons par Choulans pour rejoindre Francheville, à vide c’est une formalité. Ça y est nous sommes « cons et finis » pour une durée indéterminée. Après deux ans et huit mois de voyage, passer de la liberté totale à la réclusion c’est vraiment un sale coup, nous n’envisagions pas un retour dans ces conditions. On en a gros sur la patate, pour ce voyage c’est finit et même si nous savons déjà que nous repartirons, il va falloir maintenant se réadapter à la vie ici… !

On fête les 13 ans de Tiago sans couscous mais avec un beau gateau !

Je ferai un bilan matos et ressenti plus tard pour l’heure : 22 321 Km dans 17 pays.

Une réflexion au sujet de “Fauchés dans notre élan…ou l’histoire d’une fin de voyage écourté

  1. Pascale

    Holà ! vous revoilà !
    À Radio Alto, Antoine fait passer des dédicaces et les enfants participent, chacun profitant de l’occasion pour nommer les prénoms de leurs copains…
    Du coup, Tiago et Lilou ont été cités ! si si ; sauf qu’Antoine vous croyait en Afrique…
    Quoi ? en Afrique ? C’est comme ça que je lis la fin de votre périple !
    Pour le coup, quelle histoire !!!
    Je compatis de tout coeur à votre nouvelle situation !
    Tous logés à la même enseigne !!!
    Bon courage les jeunes !!! Je vous embrasse
    Pascale

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