Eveil Nomade

A pied dans la Cordillère blanche !

Rando d’acclimatation à la Laguna 69 :

Première randonnée à la journée pour prendre la température. Nous partons très tôt ; depuis Caraz nous avons deux transports à prendre : 20 minutes jusqu’à Yungay, puis nous prenons un « collectivo » pendant 1h45 pour le départ de la balade. A l’entrée du parc nous devons prendre le bolleto et il y a plusieurs tarifs : local, national ou étranger… C’est exorbitant, sans réduction pour les enfants… Mais si on veut se balader dans le parc national de Huascaran c’est incontournable, on serre les dents et nous passons à la caisse.

Le début nous offre de très belles vue sur les sommets, c’est agréable de retrouver ces montagnes monumentales. Après le premier km, Lilou traîne la patte. On ne sait pas si l’altitude l’affecte ou si c’est le contre coup d’une période de petite forme, mais il n’y a plus moyen. Gaëlle ne lâche rien, trop motivée pour redescendre. Tiago prend son sac et Gaëlle charge Lilou (23 kg)… On poursuit, il y a 7 km en tout et pas mal de grimpette. Les premiers groupes de touristes nous rattrapent. Nous faisons de petites pauses c’est vraiment grandiose, nous arrivons en un peu plus de trois heures à la lagune turquoise à 4600 mètres ! Un peu essouflés mais rien de plus, malheureusement les nuages ont accroché les sommets voisins, gâchant un peu la fête. Pic-nique en compagnie d’une vache qui tente de manger notre sac plastique. Nous redescendons par le même chemin. Nous croisons une famille de français qui montent avec trois enfants, le plus jeune a 4 ans et monte à pied (légère frustration de notre côté…)! Bien que nous n’ayons rien demandé, une voiture nous attend ( les touristes c’est plus rentable que les péruviens). Très belle rando quand même, qui nous a mis en appétit !

Trek de l’Alpamayo, 10 jours dans la Cordillère blanche :

Attention, très long article….!

Préparatifs :

Suite à notre reconnaissance à la « Laguna 69 » nous tirons plusieurs conclusions : on peut monter en altitude sans problème, mais pas moyen de faire ce genre de randonnée avec une grosse charge sur le dos et le risque de voir Lilou craquer… Dans un premier temps nous envisagions de faire le tour du Santa Cruz en solo puis de prendre des ânes pour l’Alpamayo, mais cette organisation multiplie les transports et nous oblige à porter lourd…

Nous modifions les plans et partons pour une dizaine de jours sur la grande boucle qui enchaîne Santa Cruz et Alpamayo avec trois ânes de bât et un cheval pour aider ponctuellement les enfants. Ce choix fait, il nous reste l’organisation, un peu compliquée car nous ne prenons pas un tour organisé par une agence… Nous apprenons qu’il faut fournir une tente au muletier (ça se loue facilement ici) ainsi que ses repas. Mais, si nous savons ce que nous avons besoin en repas, nous avons peur de nous rater avec un inconnu! L’établissement des menus (quantités, courses et conditionnement)ainsi que la prise de contact pour « réserver » un muletier, nous prend deux jours. Avec les tentes, les couchages, les vêtements chauds, l’intendance (gamelles couverts, filtre à eau, réchaud et ses 4 litres d’essence) et les provisions nous avons environ 100 kg de bagages à répartir sur trois ânes, ce qui aurait été vraiment impensable à deux adultes.

Une voiture nous monte au départ de la balade à Cashapampa. Champs de quinoa, champs labourés avec une araire tirée par des bœufs et route à flanc de montagne. Le muletier arrive : présentation, échange des sommes convenues et les trois ânes sont bâtés. Cette fois nous sommes prêts ! Nous avons déjà nos billets pour le parc national et partons sous un ciel pas très engageant.

Un petit mot sur le cheval :

Au départ nous l’avons pris pour Lilou, n’étant pas certains qu’elle pourrait suivre notre rythme…Mais finalement il a « servi » aux deux enfants et nous a permis d’être vraiment libres sur le rythme de marche et de faire de grosses étapes ! Les enfants n’ont pas du tout eu le même rapport avec cet animal : pour Lilou, dès le début, monter dessus est un aveu de faiblesse, mais aussi une « assurance » en cas de grosse fatigue. Dans les premiers jours elle passera beaucoup de temps sur le cheval, puis gagnera en confiance et finalement sera très fière de s’en passer dans les derniers jours ! Quand à Tiago, il est d’abord assez peu intéressé par ce cheval, et peu rassuré à l’idée de monter dessus sur ces chemins scabreux. Mais après une journée fatigante, il essaie un peu et y prend énormément de plaisir ! Il s’attache au cheval, le câline et lui apporte ses herbes préférés… N’ayant rien à prouver, il passera de plus en plus de temps dessus !

Par ailleurs, ce cheval nous a vraiment impressionné par sa capacité a passer partout en montagne : lacets étroits, pierriers, grosses marches rocheuses, cols à plus de 4800 m… !

Premier jour : De Cashapampa à Llamacoral :

Nous le savions et cela se vérifie rapidement, cette première partie du côté de Santa Cruz est très fréquentée : des individuels avec des gros sac et des groupes organisés par les agences de tourisme avec caravane d’ânes, tente d’intendance, cuisinier et guide ! ça monte sur long mais les pentes sont raisonnables. Le ciel est plombé mais à part nous cacher les sommets il ne pleut pas nous faisons notre première pose de midi en offrant le moindre bout de peau à nu en pâture aux impitoyables mouches piqueuses qui nous obligent à abréger. Le muletier nous assure qu’après le camp il n’y en a plus, heureusement ! Cette première journée nous permet de monter doucement en altitude. Lilou essai le cheval subtilement baptisé Gringo par son propriétaire. Le premier soir nous arrivons à temps pour poser le bivouac avant les première gouttes. Nous dormons à 3700m.

Deuxième jour : De Llamacoral à Taullipampa :

Au matin le ciel laisse quelques trouées dégagées nous permettant d’apercevoir les sommets blancs. Suivant les recommandations du muletier, nous nous sommes levés à 6h et déjeunons rapidement afin de profiter au maximum des heures sèches, cela ne nous empêchera pas de devoir enfiler les capes de pluie à plusieurs reprises dans la journée. Le filtre à eau c’est un peu lourd mais en voyant une vache morte dans le ruisseau nous ne regrettons pas ! Arrivés à la bifurcation qui remonte la vallée du Santa Cruz nous abandonnons l’idée du détour : c’est tout bouché on ne vas pas aller se prendre la pluie et se mouiller les pompes pour rien voir… Le lendemain, les membres du groupe de devant nous qui s’y sont engagés arboreront tous des sacs en plastique dans leur chaussures… Nous posons le second bivouac juste à temps pour se mettre à l’abri des premières gouttes. Le soir les sommets auxalentours se dévoilent enfin entre deux averses !

Troisième jour : Taullipampa – col de Punta Union (4750m)- col de Pucaraju (4640m)-Lac de Huecrucocha :

Temps toujours couvert mais cela semble moins épais. Nous passons le col de Punta Union à 4750 mètres. La pente est trop raide pour que le cheval soit monté mais ça convient à Lilou qui marche d’un bon rythme et double un groupe d’adultes avec des félicitations ! Derrière c’est une brume épaisse qui cache tout, décidément pas de chance… En descendant sous la brume on commence à apercevoir ce qui nous entoure et petit à petit le ciel se dégage. Avant la pose de midi nous laissons le chemin principal pour prendre celui de la boucle de l’Alpamayo, nettement moins fréquenté. Il est tôt et sur les conseils du muletier nous repartons pour le second col de la journée. Tiago essaie également les services de Gringo. Le col n’est pas long mais il monte raide et passe tout de même à 4640m. Nous pensions nous arrêter à la lagune en bas, mais le muletier continue jusque dans une prairie. Là, il nous propose de continuer jusqu’à une lagune. Nous regardons la carte, cela ne semble pas trop loin. Il nous annonce 40 minutes, les enfants ne sont pas chauds, mais il n’est que 14 h on décide de pousser. C’est une erreur : le temps se couvre, Lilou est fatigué et Tiago pas trop motivé… Nous perdons le muletier de vue, qui force devant. Je laisse Tiago poursuivre à pied et retourne en arrière chercher Lilou avec le cheval : elle en a assez et je la retrouve sur le dos de Gaëlle… Revenu là où j’ai laissé Tiago, nous repartons mais ne voyons plus personne. On appelle Tiago, qui à son habitude ne répond pas, on engage le chemin qui monte aux lagunes vue sur la carte… Plus de traces, on appelle toujours, rien. Finalement le muletier arrive et nous indique le chemin du bas : Tiago est avec les ânes, en fait nous ne nous étions pas compris sur la lagune de destination et lui ne doit pas avoir souvent étudié des cartes d’état major… Du coup nous continuons pour bien plus des 40 minutes annoncées… Du coup nous avons fait en une journée, deux étapes : les enfants sont bien fatigués et nous plutôt énervés de s’être fait imposer cette marche forcée. Le soir nous préparons une grosse soupe, les ânes broutent tranquille mais le cheval s’éclipse. Le muletier part pour l’attacher et là une misère commence : la bête reste introuvable ! Je lui prête une bonne frontale car il veut poursuivre les recherches de nuit…

Quatrième jour : Lac de Huecrucocha – col de Ventanilla (4250 m) – Jacapampa:

Au matin toujours pas de Gringo. Le gars propose stoïquement de charger les sacs sur deux ânes et d’en laisser un aux enfants. De notre côté nous sommes assez choqués qu’il envisage de partir sans son cheval ! On lui dit que nous avons le temps et qu’on ne vas pas abandonner le cheval. On convient de rester jusqu’à midi et de chercher avec lui. Il est visiblement soulagé : il part pour une forêt proche, je pars pour les collines au dessus du camp. Trois minutes plus tard je retrouve le cheval tranquillement en train de paître dans un petit vallon ! Le muletier est très content, surtout qu’il avait déjà cherché ici, il suppose que la corde s’était accrochée quelque part et qu’au matin il s’est libéré et rapproché. Nous repartons à 9h au complet, sous un ciel très beau. C’est une longue vallée très agréable avec de nombreux troupeaux de moutons, chevaux et quelques vaches qui y paissent. Nous franchissons un petit col, mais cette fois le temps clair nous permet de profiter des paysages alentour et ça mérite vraiment ! La redescente est un peu longue mais nous atteignions la vallée de Jacapampa et campons face à un monstrueux glacier d’où descend une dizaine de cascades. Les photos le rendent très mal, mais ce paysage est vraiment fabuleux, irréel !!

Cinquième jour : Jacapampa – col de Yanacon (4610 m) – Huilca :

Des petits ponts de troncs recouverts de terre permettent de franchir les ruisseaux, mais les plus petits aroyos ne sont pas équipés. Lilou ne sent pas le franchissement d’un bond et Gaëlle doit enlever chaussures et chaussettes pour lui faire traverser l’eau glacée sur le dos, alors que le soleil n’éclaire pas encore le fond de la vallée.Nous attaquons la montée, le programme c’est plus de mille mètres de grimpette mais avec le beau temps et les paysages toujours plus beaux cela se fait avec plaisir. Le chemin est à peine marqué et le muletier nous aide bien à trouver les meilleurs passages.L’arrivée au col est toujours une joie de découvrir ce qu’il y a derrière ,en plus du point haut qui offre une vue complète sur l’immense vallée. En bas, nous trouvons un gros troupeau d’alpagas élevés pour leur laine plus fine que celle des lamas. Encore un beau bivouac … Nous dormons à plus de 4000 mètres, malgré cela les températures nocturnes restent positives dans la tente même si le blanc gel habille la toile le matin.

Le sixième jour : Huilca – col de Mesapata (4460m) – col de Gara Gara (4830m)- Jancarurish

Nous partons pour notre plus belle étape : nous montons dans une vallée très belle avec quelques lagunes, les animaux se font plus rares, principalement des vaches…Elles ne semblent pas incommodées par l’altitude, deux fermiers leur courent après un lasso à la main et une grosse boule de feuilles de coca logée, dans la joue ! Le col est très minéral et venteux à 4800, il nous permet de découvrir la lagune Jancarurish au bleu turquoise incroyable et  au dessus d’elle l’incomparable pointe Jancarurish. La descente au camp est longue le muletier part devant, Lilou lui emboîte le pas, nous ne les reverrons pas avant l’arrivée. C’est un bivouac magnifique (encore…).

Septième jour : Jancarurish- aller retour au pied de l’Alpamayo (env  4800 m) – Ruina Pampa

Au matin nous convenons de laisser les enfants jouer tranquillement et de faire un raid entre adultes en direction de l’Alpamayo. Nous marchons d’un bon pas pour remonter la vallée jusqu’à la moraine. Devant nous l’Alpamayo impressionnant, derrière le Chico Santa Cruz, en bas une lagune turquoise : un spectacle juste époustouflant ! Le retour au camp se fait au pas de course. On mange, on plie tout et c’est reparti pour une descente de 200 mètres et une dizaine de kilomètres jusqu’à Ruina Pampa, un camps entouré de ruines qui dateraient des incas au dire du muletier.

 

Huitième jour : Ruina Pampa – col de Los Cedros (4750m)-col d’Osoruri (4860m)- Laguna Cuillicocha

La prochaine étape c’est encore deux cols : dont le col d’Osoruri qui passe à 4860 mètres, point culminant de l’itinéraire. Le premier col monte en interminables lacets à 4750 m.

Puis nous redescendons au petit coin de campement d’Osoruri où nous déjeunons. Il est encore tôt et nous repartons sous un ciel chargé en direction du second col.

De l’autre côté, nous redescendons sur la Lagune de Cuillacocha. Là, pas moyen de planter une tente, heureusement des cabanes offrent un bon abri pour la nuit à 4600m, c’est pas mal !

Neuvième et dernier jour : lagune Cuillacocha – Hualcayan

Nous avions prévu de rester une journée complète ici pour profiter du coin, mais le manque de pâturage au milieu de ce monde minéral donne au muletier un bon argument pour nous pousser vers le camp suivant où les bêtes pourront brouter à volonté. Les enfants sont déçus et nous convenons d’un compromis : le muletier part devant, les enfants et Gaëlle restent jouer dans le coin et de mon côté je pars pour voir la vallée voisine. Nous plions tout et battons les ânes. Les enfants et Gaëlle se trouvent une myriade de cabanes dans les rochers autour du lac, le muletier part avec ses bêtes, de mon côté je prends un ancien chemin abandonné qui se perd dans les herbes folles… Finalement je débouche sur un petit col. Seul, je ne veux pas pendre de risque, je sors la carte et la tablette pour son gps. La tablette, la tablette, ben je l’ai pas et M… ! Bon j’examine la carte ça va jouer, de plus, je trouve quelques cairns. J’arrive finalement en surplomb de la vallée visée avec la lagune en fond, surplombée par le Santa Cruz. Je n’ai pas le goût de descendre les 500 mètres de dénivelée que je devrai remonter, du coup je lorgne la ligne de crête à ma droite : de là haut on doit avoir une bien belle vue ; bon, en étant prudent ça devrait faire. J’engage donc la montée entre les blocs et fais quelques détours pour éviter de poser trop de joker, j’arrive finalement au premier sommet, un second légèrement plus haut me coûterait un baisse et monte que je ne fais pas, et de là à plus de 5000 mètres, j’ai déjà une sacrée belle vue : une lagune de chaque côté tous les sommet des Santa Cruz et les pointes blanches de la cordillère qui s’étirent de parts et d’autres : époustouflant !

Je redescends doucement et rejoins Gaëlle et les enfants qui se dirigent vers le point de rendez vous avec le muletier. Là, nous mangeons et le gars insiste lourdement pour nous faire redescendre et finir le tour. Nous voulions rester pour laisser les enfants profiter de l’après midi mais le gars insiste, laissant entendre qu’il nous a fait « gagner » une journée en passant deux étapes en une. Nous ne trouvons pas d’arguments sérieux à opposer, surtout que les sommets ne sont plus en vue. Le muletier tire une tête de trois pieds de long, nous finissons par céder et redescendons sur Hualcayan. Très longue descente sans grand intérêt, un des ânes trouve même le moyen de s’enfuir avec un troupeaux d’ânes qui paissaient sur le chemin obligeant le muletier à lui courir après dans la pente et nous faisant perdre 45 minutes dans la foulée, pas drôle à cette heure ci. Arrivés en bas on doit trouver un moyen de rentrer à Caraz. Là on s’y attendait, mais ça fait toujours mal, les taxis ont le monopole de la seule solution et sont tous bien en accord sur le tarif, après âpres discutions nous convenons de 70 sol pour le retour. On attend un randonneur Belge pour partager la note, mais à son arrivée le prix a augmenté et passe à 80, ben oui il est tard et le retour de nuit est dangereux ! Il sont bien gentils mais se faire prendre pour des cons en abusant de leur monopole ternit notre plaisir.

Nous regagnons Caraz et notre chambre d’hôtel en fin d’après midi bien fourbus.

Depuis nous avons quitté Caraz pour Huaraz les 70 km de route sont super urbanisés et circulants…Huaraz est une très grosse ville mais nous trouvons un super petit hostal en attendant  un colis qui devrait nous permettre de changer certains pneus bien usés…

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