Eveil Nomade

De Cusco à la Paz

De Cusco à Juliaca : une bonne route, mais sans grand intérêt…

Nous quittons Cuzco direction Juliaca, dernière étape Péruvienne avant la Bolivie. La ville est longue à quitter avec beaucoup de trafic. Dans les premiers 50 km, l’urbanisation est quasi continue et là où il n’y a pas de constructions, les terres sont toutes cultivées, ce qui a sérieusement compliqué notre recherche de bivouac… Les choses ne s’arrangent pas avant les sources thermales d’Agua Caliente et la route a beau être en excellent état, on commence a se demander ce qu’on fait là… Nous avions prévu d’y faire une pause aux sources, mais c’est dimanche et il y a énormément de monde : nous passons notre route.

Un unique col (4300m, trop facile!) nous sépare de Juliaca. La montée est longue mais facile, je peine trop alors que nous ne sommes pas chargés outre mesure… Depuis le temps que nous sommes en altitude, l’acclimatation n’est pas à mettre en cause… Le fin mot est découvert le soir : lors du transfère en bus jusqu’à Cuzco, mon étrier de frein arrière a été déréglé. Le lendemain le pédalage sans le frein s’avère nettement plus facile.

De l’autre côté du col l’urbanisation se fait moins dense, on respire à nouveau. Seul bémol nous peinons à trouver de l’eau : pas de robinet publique dans les villages et les rares station de service n’ont souvent qu’un gros bidon d’eau de pluie… Alors, malgré l’évidente pollution, nous prenons l’eau des rivières (vive le filtre!). Nous croisons quelques beaux flamants roses. Les bivouacs sont plus facile à trouver. Les nuits sur l’altiplano sont à nouveau fraîches, autour de moins 7 dans la tente ce qui nous oblige à ranger le filtre à eau et la boîte à œufs dans les duvets !

Nous roulons une demi-journée avec Nils, un français déjà croisé à Cusco. Il nous a rattrapé en moins de 2 jours… Alors pas question de garder notre allure de tortue… Tiago nous donne un rythme de fou, ne s’arrêtant même plus pour boire ! Les parents bien chargés ont du mal à suivre, mais nous tenons le coup, l’honneur est sauf ! Une belle avancée qui n’était pas prévue, faudrait quand même pas envisager ça tous les jours !!!

Juliaca :

Juliaca est un passage obligé pour les courses, une douche, l’essence… Mais la ville et vraiment laide, enfumée par un nuage de sable permanent, la plupart des rue n’étant pas goudronnées…Nous nous y sentons pas plus mal à l’aise qu’ailleurs, mais au bouiboui de midi le patron nous fait garer les vélos bien devant son entrée et nous installe une table bien en face en nous précisant de surveiller nos vélos… Attitude peu rassurante en plein jour !

Sur les rives du lac Titicaca :

Nous quittons Juliaca direction la péninsule Capachica où nous avons repéré une petite plage sur la carte. Nous arrivons en début d’après midi et plantons le camp. Ce n’est pas désert, mais pas non plus la foule des fins de semaines que nous redoutions. Au petit matin un pickup arrive et se gare à côté du tipi. Le gars descend et s’en va laissant la voiture là. Peu avant midi c’est le débarquement : plusieurs voitures de police arrivent, les agents descendent, gilet par balles et arme automatique à l’épaule, ils scrutent les collines ; Gaëlle rassemble les enfants, peu rassurée. Au bout de quelques minutes un policier vient nous demander depuis combien de temps la voiture est là ce que nous avons vu… Rapidement il est évident qu’ils ne savent pas vraiment quoi faire, ils viennent discuter nous demander ce que nous faisons, où nous allons… Finalement en fin de journée ils repartent avec la voiture. Gaëlle fait une balade avec les enfants dans les rochers qui surplombent le lac : impression d’être sur les bord de la méditerranée, mais la température nous ramène à la réalité !

Nous laissons la péninsule direction la frontière Bolivienne : nous revenons sur nos pas sur quelques kilomètres puis laissons le goudron pour une piste magnifique, en très bon état. Nous passons quelques villages, la piste prend de la hauteur offrant de superbes points de vue sur le lac. Quand nous redescendons, nous retrouvons l’urbanisation et la multitude de petite fermes avec leurs inévitables chiens : les bâtons voire quelques cailloux nous aident bien à les garder à distance. Tiago, qui paniquait totalement il y a un an, gère beaucoup mieux les choses aujourd’hui : il garde le bâton à la main et pas le moindre roquet n’a intérêt à s’approcher ! En suivant une piste secondaire sur un km nous trouvons un beau bivouac, bien exposé, avec soleil garanti le matin !

Le contournement nord du lac est plus que monotone : la route s’éloigne du lac, mais le profil facile nous permet de bien avancer. Nous retrouvons les rives du lac de l’autre côté et profitons d’un joli bivouac : forêt d’eucalyptus sur une colline de grès avec de belles formes d’érosion, le tout domine le lac, encore merci à Ioverlander .

Dernière étape 30 km jusqu’à Tilali où nous devrons faire tamponner nos passeports avant de sortir du Perù. Cette étape est plus jolie, nous suivons le lac souvent en corniche avec de belles vues sur les îles. Malheureusement le temps se fait maussade, et sans soleil il fait franchement froid, même en pleine journée. Nous apprendrons plus tard qu’il s’agit en fait du début d’une vague de froid exceptionnelle, qui met en alerte la plupart des régions Boliviennes (alors que chez vous il y a une vague caniculaire…!).

Nous nous posons à Tilali quelque courses pour passer la monnaie, nous passerons la frontière demain. Enfin ça c’était le plan, mais au matin la neige qui tombe refroidit considérablement nos ardeurs… Nous posons un joker et restons une nuit de plus. D’autant plus qu’avec le froid Eric a pris un gros rhume, toussant une bonne partie de la nuit…Avec la promiscuité personne n’a bien dormi…Et nous finirons tous par choper son rhume, grrrrr !!!!Nous glandons comme des larves le reste de la journée (je crois que c’est la plus grosse journée de glandouille que nous ayons faite depuis que nous sommes partis) !!! Le ciel se dégage, nous devrions pouvoir partir demain.

Arrivée en Bolivie :

Ça y est on raccroche les sacoches, un passage à l’immigration pour le tampon de sortie et c’est partie direction la Bolivie. Nous présentons nos passeports à la douane de sortie puis au bout de 5 km un mini monument marque la frontière avec la fin du goudron : ça y est nous sommes en Bolivie. Le décor ne change pas mais la piste n’est pas terrible, la neige de la veille n’y est pas pour rien.

Quelques kilomètres et nous arrivons à Puerto Acosta : nous demandons où se trouve l’immigration, on nous indique plusieurs endroits, les gens ne semblent pas connaître mais nous donnent toujours une direction… Après avoir tourné en rond dans les ruelles, un gars en uniforme nous indique enfin le chemin : il faut traverser le pont. Nous retrouvons le goudron, l’immigration est à la sortie de la ville. Première étape la douane : un formulaire à remplir et c’est fait. Personne n’a vérifié nos fruits et légumes, ouf, car comme des bleus nous avions fait le plein au Pérou ! Pour le tampon d’entrée il va falloir attendre : c’est l’heure de l’almuerzo ! Du coup on va manger nous aussi ; le passage de la frontière ne change pas le menu : soupe, riz blanc, salade, poulet ou truite, toujours la même chose depuis la Colombie ! Le bon côté, c’est qu’on est à l’abri pour regarder la pluie qui s’est remise à tomber. Les enfants revendiquent une nouvelle nuit à l’abri, si cela ne se calme pas repartir sous la flotte va pas être facile… La chance nous sourit, le ciel se calme. Nous nous rendons au petit poste d’immigration, le gars est sympa, on discute, on négocie : normalement nous n’avons droit qu’à 30 jours, je demande 90… Pas moyen, mais à force d’insister on obtient tout de même 60, c’est déjà plus confortable ! Cette petite frontière n’est pas ouverte depuis longtemps, les étrangers qui passent par là sont encore rares : ils sont invités à laisser leurs photos d’identité ou leur carte sur un tableau ! Nous voyons les cartes de deux autres familles françaises qui sont passées à vélo il y a quelques années, nous rajoutons la nôtre !

On repart il ne pleut plus mais ça caille bien, on pousse tout ce qu’on peut puis Lilou jette l’éponge : trop froid ! On plante la tente dans un pré humide juste avant qu’il ne se remette à pleuvoir.

Toute la région est très humanisée, de partout des maisons en brique d’adobe isolées ou en petit hameaux et toutes les surfaces sont cultivées ou mises en pâture. Après deux jours, nous quittons la route pour une piste qui doit nous conduire dans un joli coin au bord du lac signalé sur Ioverlander. Le site est pas mal mais là où nous nous attendions à un petit coin sauvage, en fait c’est plein de maisons nous trouvons tout de même une place entre un bois d’eucalyptus et le lac pour donner au enfants la journée de pose promise. Ils se font vraiment plaisir sur la plage et dans les arbres (ils sont en nostalgie de forêt…!).

Pour repartir c’est une autre affaire : on choisit de ne pas revenir sur nos pas et de continuer sur la piste. C’est dur, très dur avec des parties droit dans la pente, tellement raide que nous devons pousser. On reprend vite de l’altitude en tout 300 mètres de dénivelée pour retrouver le bitume. Bon cela donne de beaux points de vue sur le lac mais c’est cher. De là, avec le goudron, le profil descendant et le vent favorable on roule beaucoup mieux ! Pour le midi on joue les fainéants et on s’offre un almuerzo familiar à 10 bob : on gagne du temps et on mange à l’abri du vent. Là où c’est compliqué, c’est pour l’eau : pas de robinet. Je demande dans un centre de santé la dame me répond que l’eau est «  contaminée » les lits des ruisseaux sont à sec et pleins de déchets, quand au lac il est loin et on nous à plusieurs reprises déconseillé d’y prendre de l’eau : sa couleur cristalline est trompeuse. Les ruisseaux qui l’aliment sont pollués par les mines d’or illégales et légales ( 15 tonnes de mercure par an…) ainsi que que par les rejets des grandes villes comme Juliaca. Les poissons du lac révèlent des taux de métaux lourds (mercure, cadmium, zinc, cuivre) supérieurs aux normes admissibles en Europe…Au final nous achetons des bouteilles beaucoup trop cheres

On est sur l’altiplano, rien ne ralentit le vent : la nuit ça souffle fort mais notre brave tipi assure bien. La journée le vent dans le dos nous offre un fameux coup de pouce, on est content de pas aller dans l’autre sens ! L’urbanisation se densifie à l’approche d’El Alto, la grande ville la plus haute du monde à plus 4100 mètres ! La circulation devient pénible et le vent soulève des nuages de poussière épaississant l’air déjà chargé des gaz d’échappements ! Nous redescendons dans la cuvette de La Paz au milieux des minibus colectivo. La recherche d’un hôtel pas cher est moins évidente que la dernière fois : maintenant les enfants ont grandi et ils payent leur place. Nous retournons au Jach’a Inti, c’est pas le grand luxe mais c’est très bien situé. Au programme, comme d’habitude, la préparation de la suite et la mise à jours du matos qui souffre de plus en plus. Mais aussi des bons jus de fruits pour bien récupérer, la visite du marché des sorcière et le plein de souvenirs à envoyer en France !!!!

 

3 reflexions sur “De Cusco à la Paz

  1. Antoinette Chevrolat

    Ce soir 4 août, j’ai refait votre route de la Colombie à la Bolivie où vous devez être maintenant Quel périple dans le froid, la pluie, la neige et à quelle altitude! Merci de nous remplir les yeux et la tête de ces paysages grandioses! c’est aussi ceux que j’aime découvrir mais comment allez-vous vous sentir à votre retour dans l’urbanisation de la concentration humaine?
    Bises

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