Eveil Nomade

Des îles à vélo : Samar, Leyte, Bantayan, Negros et Sipaway !

De Samar à Leyte : imprévus et grosse fatigue :

Nous quittons Saint Antonio sous un ciel couvert. La petite traversée nous ramène à Saint Isidro. Les vélos rechargés nous reprenons la route pour Calbayog où nous pensons prendre un bateau pour Biliram. Le temps n’est pas au beau fixe, mais pour pédaler aux Philippines c’est pas plus mal… Les routes ont pas mal de dénivelé. Les paysages changent peu : cocotiers en abondance, bananiers et quelques arbres remarquables. Nous croisons de nombreux villages où les gens font sécher leur riz sur les accotement de la route, nous obligeant à utiliser la voie principale. Même si il y a peu de voitures, le trafic de bus est très important, les choses se compliquent quand il n’y a pas d’accotement et que le riz sèche sur la route. Il y a énormément de petites motos et autre tricycles aux échappements « customisés » qui induisent un font sonore permanent. Les villages ont tous un édifice religieux, de la chapelle à l’église, baptiste, adventiste, chrétien ou autre. En ce dimanche, les prêches sont écoutés par quelques personnes, mais nous voyons surtout des familles entières : femmes et enfants (qui ne doivent pas avoir plus de 7 ans) en train de trimer dans de petites carrières au bord des routes, à ramasser des cailloux, les concasser un par un au marteau, les trier par taille et en remplir des sacs, ou pour les hommes les plus robustes, charger des camions avec des pierres à dos d’homme. Une pierre trop grosse ( je l’estime pas à moins de 80 kg…) est hissée par deux personnes sur le dos d’une troisième qui se lève pour la jeter par dessus la ridelle du camion. Nous côtoyons la pauvreté depuis déjà plusieurs mois, mais la misère semble ici vraiment profonde et les gosses les plus pauvres ont le regard éteint, ça sert le cœur mais nous ne pouvons rien y faire…Tiago est particulièrement touché par l’injustice de la situation et souhaite éviter ces zones trop pauvres. Lilou considère les choses très différemment : elle accepte cela comme un fait banal, un état des choses loin de chez nous. C’est le monde dans lequel elle vit et il n’y a rien là d’étonnant.

Nous trouvons un coin de bivouac à coté de la mer.Une baignade rapide permet de remplacer la sueur du jour par du sel de mer… Mais Lilou sort dardart après avoir vue une méduse grosse comme sa tête !

A Calbayog, pas de bateau : l’info Lonly Planet de doit pas être à jour… Du coup nous cherchons un bus pour Tacloban sur l’île de Leyte, pas motivés pour continuer sur cette côte trop circulante et sans attraits. Il y a bien des bus, mais les soutes sont soit trop petites, soit pleines et avec nos montures ce ne sera pas possible…Du coup on enchaîne pour Catbalogan à 70 km au sud où nous espérons avoir plus de chance. Pour la chance on repassera : nous somme pris pour des américains au premier terminal de bus et on nous demande 5 fois le prix du trajet pour les vélos ! Bien sûr le prix nous est donné après qu’on ai démonté tous les bagages et les vélos. Autour de nous une petite foule moqueuse se crée. On a les boules mais pas question d’être pris pour des c… on remonte tout et on part à la recherche d’un autre terminal de bus. Au terminal suivant nous sommes plus prudents : avant de tout mettre en pièces nous faisons venir un gars pour qu’il nous donne un prix total, ça reste cher mais c’est plus honnête : on achète les billets et on démonte tout. Les choses se compliquent au moment de charger : un type arrive et nous demande de payer pour les bagages !! On se défend, on retourne voir la caissière mais le gars qui lui à dit combien nous devions payer est bien sûr introuvable ! On discute encore mais au bout d’un moment, fatigué, je tends les 200 pesos supplémentaires au gars qui les réclamait, croyant mettre fin au cinéma. Mais le gars en demande encore : conclusion on se fait rembourser, on remonte tout une second fois et même si ce n’était pas le programme nous irons à Tacloban à vélo ! On garde quand même un goût amer dans la bouche, surtout quand en sortant de la ville on se tape une interminable montée en plein cagnard ! Tiago retournerait bien là bas crever tous leurs pneus… 

Prendre de la hauteur a tout de même l’avantage de nous donner une bonne vue sur les collines verdoyantes. Nous trouvons de bons bivouacs malgré la densité de population et les gens sont toujours souriants en nous voyant monter notre tipi. Pour l’eau, les robinets sont peu courants et les gens viennent de loin remplir leurs bidons d’eau qu’ils ramènent chez eux sur des chariots en bois avec des roulements à billes en guise de roues. Du coup on se rabat sur des officines où il vendent de l’eau osmosée : nous faisons remplir nos bouteilles là pour quelques pièces, des fois c’est même offert avec le sourire.

L’île de Samar et celle de Leyte sont reliées par le pont San Juanico, une belle rampe qui nous permet d’enjamber le bras de mer. De là nous prenons la direction de Palompon en suivant les indication de Maps’me. Dès le départ nous sommes mis au parfum il fait chaud : entre 35 et 40 degré et les pentes ne rigolent pas. Le trafic est moins important nous avons quitté la route des bus il n’y a plus guère que les motos, souvent chargées d’une impressionnante brochette de gens : nous en avons compté jusqu’à sept sur la même moto !

La pauvreté est ici moins extrême que sur Samar et nous nous y trouvons plus à l’aise. Nous croisons des petits villages où les gens s’interpellent ou se donne un coup de coude en nous désignant plus ou moins discrètement : ils n’ont certainement jamais vu des touristes comme nous. Certains ont une notion de la propriété privée exacerbée à l’américaine ils affublent leur portail de pancartes plutôt menaçantes…

La tablette ne nous renseigne pas sur le dénivelé ou le pourcentage de pente et les petites routes transversales de « l’itinéraire vélo » nous fait passer des montées infernales et de longues zones en travaux, où la boue a remplacé la chaussée. Autant dire que nous avons maudit ce programme, surtout Tiago qui se répète comme un mantra les différentes façon de faire disparaître une tablette… Au sixième kilomètre de vélo, les troupes commencent à s’user, nous avons pas mal forcé pour avancer jusque là. Du coup la pluie est dure à encaisser, d’autant que les enfants ont perdu leurs vestes de pluie (mystère qui s’ajoute au nombreuses choses que nous perdons de ci de là). Tiago finit par balancer son vélo dans la boue, Lilou grelotte stoïquement. Il faut pourtant avancer pour trouver un coin de bivouac et pour couronner le tout ça monte. On ne fait pas de photos, il pleut…Finalement nous nous posons bord de route faute de trouver mieux. Nous sommes rapidement le centre d’intérêt général de tout les habitants du coin ! Un jeune en moto me demande si je veux qu’il aille chercher la police pour assurer notre protection : je souris et lui dis que ce ne sera pas nécessaire. Un instant plus tard une dame me dit qu’il y a des gens pas bien par là, puis une autre nous demande de nous déplacer vers le village pour notre sécurité… Nous sommes fatigués, la nuit tombe et l’idée de tout replier ne nous enchante pas, du tout du coup on décline poliment. Plus tard arrive un autre type qui propose encore d’aller chercher la police, après un long moment à discuter le type finit par dire que par ici tout le monde est gentil… Nous passons une nuit sans problème ! Au matin nous repartons pour les dernières dizaines de kilomètres qui nous séparent de Palompon.

Il est courant de voir dans les villages les jeunes jouant au basket sur des paniers improvisés, quelques fois au milieu des routes. Au sommet d’une des bosses une sono à fond nous accueille sur un air de disco qui a plus de trente ans, il en faut pas lourd pour rajeunir ! La fin se complique, on se perd en loupant un croisement et on se retrouve à devoir faire un aller retour de 9 km pour rien. Et à dix kilomètres du but nous crevons deux fois coup sur coup, on fatigue vraiment.

Nous arrivons finalement et nous posons dans un établissement en bord de mer bon marché. Le but est de mettre à jour toutes nos petits affaires : lessive et réparation des vélos qui accusent le coup entre l’air marin, la boue et la pluie. Nous devons également recharger nos accus quasiment tous vides. Malheureusement nous sommes le jour de pâques et aux Philippines c’est une fête majeure. Trois familles se sont rassemblées ici et mettent à fond pour l’occasion une grosse sono qui va nous vriller les tympans toutes la journée ! Trois cochons rôtis sont aussi de la fête… Je discute un peu vélo avec un gars intéressé, qui nous rapporte un peu plus tard une assiette du plat national : le  « lechon » : cochon rôti philippin, des chaussons à la courge et des gâteaux de riz !

Le soir une nouvelle surprise nous attend : le réchaud est HS, une fuite au niveau d’un sertissage de la durite, nous allons devoir trouver une solution rapidement pour pouvoir repartir autonome. En attendant on grignotte un misérable repas froid. Décidément il va falloir qu’on se repose quelque part…

De Leyte à Bantayan :

Nous partons pour Cebu et prenons un ferry bien rouillé pas très rassurant… Après deux heures vingt de traversée, nous débarquons Bogo. Là nous trouvons un logement avec internet pour chercher une solution à nos soucis. Pas évident de trouver une adresse avec un tel pour se faire livrer une pièce lorsque nous nous déplaçons sans cesse et à un rythme variable. Il semble que la durite d’alimentation du Primus soit son talon d’Achille. En attendant j’achète une dose de résine époxy bis composants pour un euro (on risque pas gros sur ce coup là) et je noie la partie qui fuit dans la résine. Du coup je perds un peu de souplesse mais cela fonctionne et nous donne un répit ! Je blinde également l’autre coté histoire de pas gâcher la résine.

BANTAYAN :

Nous décidons d’aller nous reposer sur une ile touristique : Bantayan, à deux heures de ferry, est réputée pour ses plages « paradisiaques ». Malheureusement, les hébergements sont hors de prix, ou disons que nous sommes trop blancs pour espérer obtenir des prix corrects…Mais ce sera finalement une chance car nous découvrons d’excellents coins de bivouacs. Nous profitons des plages : l’eau est limpide, d’un bleu azur parfait ! Il y a quelques coraux, poissons et étoiles de mer, mais surtout des petites falaises de 4 à 5 mètres de haut d’où les locaux s’amusent à sauter…Ça donne des idées ! Nous y allons progressivement et les enfants finissent par se lancer de près de quatre mètres ! Les roches calcaires on subi les agressions de la mer et sont très érodées, tranchantes : la remontée entre deux sauts fait bien mal aux mains mais on ne risque rien, le « crash pad » est confortable !

Alors que nous partons chercher notre dernier bivouac un gars en scooter nous arrête et nous demande d’où nous venons : c’est Peter, un polonais, il revient régulièrement sur l’île et y reste plusieurs mois. La première fois il est venu de Pologne en couvrant 20 000 km à vélo, en suivant quasiment la mème route que nous mais sans prendre de transports ! Nous sympathisons rapidement et dormons dans la maison qu’il loue dans un petit village qui semble être un « fief » polonais !

Negros : canne à sucre, piste et pluie !

Nous plions rapidement nos sacoches remercions Peter et rallions le port à huit km de là. Le bateau part à 9h et il n’y en qu’un par jour. Sur place c’est un peu le flou artistique, nous nous inscrivons sur un registre et attendons. Le port ne semble pas pouvoir accueillir de gros bateaux. Les passagers arrivent petit à petit et attendent… Finalement deux gros bateaux se mettent à l’ancre au large et des bateaux légers vont chercher les passagers et les débarquent. Il y a plusieurs rotations pour embarquer tout le monde et c‘est un peu la foire d’empoigne pour monter sur les bateaux. Avec nos vélos on ne peut même pas jouer et nous laissons partir le premier gros bateau. Il n’y guère plus que nous sur le quai et quelques grosses caisses… Après un moment de flottement tout s’arrange, on charge tout sur un bateau sans banc et patientons près d’une heure sans trop comprendre pourquoi au milieu du port.

Finalement un gros bateau arrive, nous transportons tout notre bazar dessus (il vaut mieux avoir le pied marin pour passer d’un bateau à l’autre avec les vélos) et finissons par débarquer à Cardiz, sur Négros. Il est tout même plus de 14h et on a les crocs !

De Cardiz à San Carlos :

Au départ nous suivons la route principale, il y a pas mal de trafic et de villages. Le principale changement ce sont les cultures de canne à sucre : nous sommes dans la sucrière des Philippines. Nous suivons les indication mapsme et prenons l’itinéraire vélo (encore?), l’urbanisation laisse place à la campagne et la circulation se fait anecdotique. La route prend de suite du relief mais les nuages limitent la chaleur c’est supportable. Les champs de cannes à sucre s’étendent de part et d’autre de la route à tous les stades de végétation : à peine plantée, petites et moyennes pousses, à mûre. Les Philippins les ramassent manuellement à la mâchette. Mais rapidement la route laisse la place à une piste et nous commençons sérieusement à trouver les « itinéraires vélo » de mapsme pénibles… La piste est faite de gros galets rendus glissants par les récentes pluies avec le relief pour couronner le tout, on en bave un peu. Finalement nous retrouvons la chaussée en béton, ça roule mieux. Nous trouvons un coin de bivouac tranquille. Nous y croisons un buffle attelé à une charge sur brancard qui glisse sans roue sur la boue : les tracteur c’est pas pour tout le monde… Le second jour nous partons sous quelques gouttes. Rapidement cela tourne à l’averse violente : il pleut si fort qu’on ne peut qu’en rire ! Dégoulinant jusqu’aux os on se bidonne donc sur nos vélos… Bon une heure plus tard il pleut toujours aussi fort et Lilou commence à avoir froid. Dans les village les enfants se savonnent et se lavent sous la pluie battante. Avec le relief, les rizières ont pris la place de la canne, des terrasse suivant élégamment les courbes de niveaux. La pluie n’empêche nullement le ramassage du riz à la serpette. ça monte pas mal et raide : nous ferons 580 mètres de dénivelé dans la matinée avec certaines pentes tellement raides et mouillées que nos roues arrières patinent quand on force…D’un seul coup le soleil réapparait, juste à temps pour le repas de midi . C’est sous un soleil de plomb que nous descendons sur San Carlos. Nous retrouvons le trafic en même temps que la route côtière, avec d’énormes camions chargés de canne à sucre. Ils en laissent tomber tout le long de la route : on a qu’à se baisser pour en ramasser, c’est bien pratique !

2 reflexions sur “Des îles à vélo : Samar, Leyte, Bantayan, Negros et Sipaway !

  1. Antoinette Chevrolat

    Je viens de suivre avec beaucoup d’intérêt ce voyage aux Philippines! je suis en admiration devant Tiago et Lilou qui vont être préparés à affronter n’importe quelle situation sans naïveté!

    Ce qu’ils découvrent ce sont les autres facettes de l’humanité en même temps que les modes de vie différents parce que vous l’approchez de la manière la plus directe.

    Bien que je ne vous suive pas au jour le jour, je pense à vous et parle de votre périple autour de moi.Ainsi je suivrai votre prochain périple avec Asit qui vient de l’inde …

  2. MARREL Michel

    c’est avec plaisir que je regarde les photos de vôtre voyage, je vous souhaite bon courage et bonne continuation.

    Michel

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