Eveil Nomade

Zanskar : au pays des géants

Faux départ :

Au matin nous sommes finalement résolus pour aller à Padum en vélo et voir de là bas pour chercher un transport retour. Mais Tiago est très (très très) anxieux à l’idée de tout le dénivellé qui nous attend sur piste et comme en prime nous avons l’incertitude du moyen de retour… On tranche pour trouver un taxi et discuter le prix. Nous faisons de notre mieux, mais la discussion au milieu d’une quinzaine de personnes n’est pas évidente. On gratte ce qu’on peu, on charge tout dans une voiture équipée d’une solide galerie et c’est parti ! Nous passons au pied de deux 7000 mt impressionnant, quand nous laissons la partie goudronnée ça secoue pas mal. Notre chauffeur est prudent : il maîtrise les dépassements de camions sur route étroite au dessus de ravins, les raccourcis et les points d’eau. Nous faisons plusieurs arrêts pour manger où il nous conduit dans des bouibouis pour locaux où on mange bien pour pas cher. Nous avons la chance de voir un loup traverser une rivière aux abords enneigés, image magnifique gravée dans nos têtes. Il y a aussi pas mal de marmottes qui sont plus dorées et plus touffues que chez nous, vu qu’il n’y a pas grand-chose d’autre elles doivent figurer en bonne place dans le menu du loup. Alors que nous étions partis avec un beau temps le ciel se couvre et la température tombe à mesure que nous gagnons de l’altitude. A la pose de mi chemin à 4000 au village de Rangdom ça souffle fort et ça caille velu. Quand nous attaquons la monté du col Penzi-La la neige se met de la partie. Au col il reste encore pas mal de congères sur les bords, tout devient blanc, fantomatique et les ravins, sans fond avec la nuit qui tombe, deviennent franchement inquiétants…Mais qu’est ce qu’on fait ici ? Nous arrivons à Padum à la nuit après 11h de voiture (pour 250 km …). Notre chauffeurs nous arrête devant une bonne adresse où se restaurer puis nous conduit à une guest house qui relève plus du home stay. On tombe comme des masses.

Nous décidons de rester trois nuits, le temps de faire des petites balades autour et on espère laisser passer le mauvais temps. La saison touristique n’a visiblement pas encore débuté nous sommes les seul blancs dans la ville et beaucoup de devantures restent fermées.

Départ de Padum :

Nous quittons Padum le 19 mai, le début se fait sur du vieux goudron où nous louvoyons entre les nids de yack. Le temps est avec nous et nous avons de superbes vues sur les montagnes qui nous dominent. Dans ce sens nous devons avoir moins de dénivelé que si nous étions venus de Kargil à vélo mais ils reste tout de même pas mal de « monte et baisse » et un col pour épicer un peu le trajet. Le soir nous posons le bivouaque entre des gros rochers pour le plus grand plaisir des enfants qui font immédiatement des cabanes en montant des murets de pierres, des femmes curieuses, viennent nous voir et se mettent spontanément à aider Lilou à monter son muret ! Dans la soirée un jeune homme vient discuter avec nous : il parle bien mieux anglais que nous (qui a dit :  « y a pas de mal » ? ) nous avons appris que c’est un professeur des écoles dans le village d’à côté. Il nous signale au passage qu’il y aurait des ours par là. On ne fait pas plus cas de l’info, de tout manière où aller chercher des arbres pour pendre ta nourriture ici ?!

Tiago malade, surplace au pied du col :

Au matin nous repartons mais Tiago ne tient pas la grande forme et c’est rien de le dire. Pourtant la piste n’est pas plus dure que la veille. On le motive, on pousse mais on doit finalement stopper tôt, (après seulement 13 km) en espèrent que cela ira mieux avec du repos. Il n’a quasiment rien mangé et quand le soir il vomit, on commence à se poser des questions et nous jetons un œil au fascicule de le FFME sur le mal des montagnes : 38 % des sujets atteints font de l’anorexie !   Celle là on ne l’avait pas retenue ! Du coup nous nous perdons en conjecture : cela fait près de 20 jours que nous sommes en altitude et avons passé un col 4100 sans souci du coup on ne sait pas sur quel pied danser, on va surveiller de près et voir…

Le lendemain c’est pire : Tiago reste prostré dès le matin et vomit à nouveau. Nous décidons de rester à la même altitude mais de changer de bivouac pour plus de discrétion. Il se traine donc sur 3,5 km et il boude toujours notre éternel riz dhal. Du coup on hésite à stopper une voiture et retourner à Padum ou carrément à jeter l’éponge pour retourner à Kargil. On se donne encore une nuit, au matin c’est pas mieux. Mais il ne vomit plus et puis si le problème est lié au mal des montagnes, le fait de rester à la même altitude devrait suffire à améliorer les choses ? Nous envisageons donc de prendre un camion en stop pour passer le col et rejoindre Rangdom de l’autre côté qui est sensiblement à la même altitude et ou nous savons que nous pourrons trouver à manger (nos réserves de bouffe s’épuisent sans que nous avancions…). Mais nous sommes très frustrés de ne pas pouvoir nous engager un peu plus loin dans cette vallée magnifique et sauvage. C’est Lilou qui propose la solution : on baisse la selle du 24 pouces on se repartit les sacoches de Tiago. Lilou prend le vélo de Tiago et Tiago grimpe sur le 20 pouces tiré par Gaëlle. Nous avancerons donc en direction du col jusqu’à ce que nous trouvions un camion. Sur cette piste tracter un Tiago inerte s’avère très physique. L’attelage avec le folowme et super long, Tiago est haut et garder l’équilibre en se faufilant entre les cailloux implique une torsion de tout le corps, le tout en forçant à mort pour monter, c’est super dur mais Gaëlle y arrive… Quand c’est plus gérable Tiago marche un moment ou pour couper un lacet. De sont côté Lilou assure impeccable avec le grand vélo, elle monte sur la piste avec les cailloux, elle est mûre pour un vélo de 24 pouces !

A la pose Tiago ne va pas plus fort et devant nous il y a le Pensi-La un col à 4500 m… Et toujours pas de camion dans ce sens… On ne le sent pas dans ces conditions, c’est dommage on l’attendait avec impatience, on en a gros sur la patate. On stoppe tout et on attend un camion pour franchir le col blottis sous une bâche pour se protéger du vent glacial. Ce sera un pick up qui nous prendra : on charge tout, vélos, bagages et parents dans la benne, les enfants au chaud avec le chauffeur (à quatre sur deux sièges, Lilou partage la place du chauffeur!), direction Rangdum. Nous regardons les sommets, la neige sur le bord de la route et les glaciers avec la boule au ventre de ne pas avoir pu faire tout ça à vélo.

Vue depuis le pick up…

On repart : vallée de la Suru :

A Rangdum on se pose deux nuits dans la tente quand le soleil passe derrière les sommets la température chute de suite, on a -2 dans la tente la nuit. Nous sommes à 4000 une centaine de mètres plus haut que là où nous avons pris le pick up mais Tiago semble reprendre la forme tout de suite, c’est à n’y rien comprendre. Enfin nous pouvons repartir dans de meilleures conditions.

Nous partons avec un petit vent, il fait pas chaud le matin mais bien beau. Les montagne nous toisent de leurs sommets où il reste encore beaucoup de neige. La piste n’est pas terrible, il y a de grandes portions où elle est faite d’un pavage grossier de pierres qui secouent bien les vélos et les carcasses… Entre la piste et la Suru que nous descendons, il y a des « plages » d’herbe rase ou les marmottes ont creusé leurs terriers, sur les zones plus étendues de petit troupeaux de yacks-vaches paissent surveillés par un ou deux bergers. Les montagnes sont magnifiques, un monde minéral atténué seulement par la neige des plus hautes montagnes, des glaciers impressionnants, les pentes se terminent par d’énormes éboulis qui viennent mourir sur la piste ou dans la Suru. Nous croisons les camions qui montent approvisionner Padum. Ils se signalent avec leur klaxons mélodieux : on se serre sur cette piste étroite. Pour des vélos pas de souci, l’histoire est différente quand deux camions se croisent là, c’est un délicat jeu de manœuvres qui leur permet de passer. On se pose sur une petite prairie qui surmonte le ruisseau au milieu de la vallée. Les bergers qui surveillent le troupeau, arpentent le pâturage un sac à la main, de l’autre ils ramassent les bouses sèches qui alimenteront leur fourneau.

Le matin nous poursuivons la piste toujours aussi chaotique. Nous soufrons sur les selles, les parties descendantes sont faites debout sur les pédales pour reposer un peu notre anatomie. A midi nous faisons la pose face au glacier Gangri qui descend du Nun à 7135 mètres et vient mourir dans le ruisseau. Nous traversons le village de Parkachik qui fait face aux deux 7000 m : le Nun et le Kun. Là un bonus pour nous :la piste est goudronnée dans le village ! De nombreux enfants viennent à notre rencontre, tendant la main : Lilou tape dedans au passage. Nous sommes descendus et il recommence à y avoir des petites parcelles cultivées. La piste nous attentant à la sortie du village nous passons une bosse mais la suite monte à flan de coteaux, nous ne jouons pas et trouvons un coin où se poser même si c’est un peu tôt.

Au matin on enchaîne, nous avons pas mal de descente et une bonne surprise : nous trouvons une bonne portion de goudron, certes défoncé, mais appréciable. Nous traversons la Suru à Tangol, un petit coup de cul et nous arrivons au dernier chek point. Avec le goudron nous avons bien avancé et sommes motivés pour rallier Sankoo et manger dans un bouiboui. On pousse donc et nous rejoignons le goudron qui ira désormais jusqu’à Kargil. A partir de là ça avance vraiment bien, on couvre 39 km dans la matinée et pouvons manger à Sankoo ! On repart, on en a tout de même plein les pattes (il y avait tout de même encore de la piste et plus de 200 mètres de montée). A la sortie de Sankoo une voiture s’arrête et un gars vient discuter : c’est un cycliste passionné qui insiste pour que l’on aille chez lui, on est pas chaud, il est vraiment tôt mais les rencontres ne se regrettent jamais… On le suit et revenons de deux kilomètres sur nos pas. C’est le responsable de secteur, équivalant de Indien de l’ONF, nous discutons pas mal vélo, faune, flore… En voyant que nous dormons sous la tente il nous dit que la veille une fillette a été attaquée par un grizzli dans un village voisin, elle s’en est tirée et la famille d’ours a été attirée plus loin à l’aide d’aliments. Il nous invite à partager leur repas, nous sommes en plein ramadan nous mangerons donc à la nuit tombée. Il nous explique que le jeûne a pour but de faire ressentir à ceux qui mangent tous les jours à leur faim, ce que vivent quotidiennement les plus démunis, cette période d’empathie se finira par une fête partagée avec tous. Nous mangeons à l’indienne assis par terre, un bon riz et des patates en sauce attrapées avec les doigts.

Dernière étape pour Kargil :

Le matin nous repartons pour Kargil : il nous reste 41 kilomètres mais c’est tout goudronné. Nous croisons de nombreux villages, images furtives de nombreuses scènes de vie, et de beaux sourires. on est dimanche mais les gens travaillent : le long des routes des tranchées sont creusées à la main sur des centaines de mètres, dans de petites carrières les blocs de granit sont recalibrés pour la construction à la masse, à la broche et à la massette. Il y a aussi de nombreuses fabriques de moellons de béton ou de terre crue moulés et pisés un à un dans des formes en bois ou en métal puis laissés à sécher alignés par terre. On pousse et nous rejoignons la ville peu avant midi. On prend le temps d’acheter les billets de bus pour retourner à Leh le lendemain, on se fait un bouiboui et allons tout ranger dans le même établissement que la dernière fois.

Le matin c’est lever à 4h du mat on veut assurer le coup avec tous nos bagages… C’est peine perdue : le chauffeur arrive à 5h30. Le bus est équipé d’une énorme galerie, on range tout dessus et c’est parti pour 7h de trajet. A Leh on trouve un établissement bien meilleur marché que la dernière fois. on se pose là pour préparer la suite, recharger les troupes et les batteries.

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